Toutes premières fois

La première fois, on ne l’oublie pas. C’est ce qu’il se dit. Difficile de faire l’impasse sur la mienne, car ce fut l’occasion de cumuler les souvenirs. Avec le temps, les détails se sont estompés, mais il reste l’essentiel.

Malgré la brillante image d’homme à Twittas que je renvoie sur les réseaux sociaux, ma sexualité débute l’année de mes 19 ans. Je n’avais pas réussi à tenir le pacte fait avec mes amis l’année du baccalauréat. Après avoir vu American Pie, notre petit groupe de puceaux avait singé la promesse que les héros s’étaient faite. Ne pas arriver à la fac sans avoir trempé le biscuit dans le thé délicieux de la féminité. Bon, j’avais échoué. Mais gare à vous les étudiantes ! Mon intention fermement chevillée au corps, j’allais profiter sans retenue de cette bonbonnière à filles faciles que semblait être la faculté des sciences sociales.

Encore une fois, chou blanc. L’été 2001 me permettra de remplir mes espoirs. Et pas que… Haha ! Haha !

Avant cet été-là, ma proximité avec la gent féminine n’avait connu que peu de gloire. En sixième, j’avais loupé de peu l’occasion de prendre petite copine. Pour que vous compreniez, mon enfance et mon adolescence, sans être moi-même cloîtré en permanence, étaient loin de l’effervescence sociale que la société juge convenable. Quelques bons amis avec qui traîner, faire des goûters, du sport et quelques booms, cela me suffisait. Un solitaire, donc. Et un timide aussi, qui ne parlait pas trop en présence d’adultes ou d’une tablée supérieure à trois. Bref, de par ces caractères peu enclins à la sociabilité, je n’avais guère acquis les règles du jeu amoureux.

Nous étions un mercredi après-midi, seul à la maison, mes parents, rarement absents, m’avaient laissé en maître du domicile. Joie de mater la télévision tranquille (je suis fils unique. Gardez vos réflexions pour vous). Ce que mes biographes qualifieront plus tard du premier coup de fil d’une demoiselle, dans une intention claire de dragouille, allait faire sonner le téléphone à cadran.

Drelin drelin

Drelin drelin

— Salut Michel (c’est moi, ndla), c’est Johanna, je suis chez Pierre avec Karim (vous noterez la multiculturalisme excellent). Tu viens ?

— Euh ouais ! Je ne sais pas trop. Je suis tout seul chez moi. Faut que je garde la maison, toussa toussa.

— T’es sûr ?

— Ben oui, je suis désolé.

De ce court échange avec le sexe opposé, j’appris ma première leçon. La franchise provenant de la maladresse fait souvent penser à l’autre que l’on ment. Le lendemain en classe, après de longues méditations nocturnes sur la signification de ce coup de fil et la conclusion évidente qu’elle voulait sortir avec moi, Johanna me fit comprendre que c’était mort. Louper sa chance, confronter l’autre au refus et vous perdez toute chance de rouler votre premier patin.

De cet épisode à l’été 2001, rien de marquant à signaler côté galochage. Mon goût de la solitude et l’apparition de l’Internet m’occupaient assez et mes coreligionnaires féminines m’inspiraient attirance et crainte mêlées. La crainte gagnait régulièrement

Il y avait cette fille en troisième, un peu vulgaire, mais populaire. Chevelure blonde, petit air supérieur, la demoiselle portait une minijupe presque tous les jeudis. En cours d’histoire-géo, j’attrapais des torticolis à trop mater ses jambes et, si Dieu existait vraiment, sa petite culotte. J’étais assis au premier rang. Autant vous dire que cette année-là, j’ai eu beaucoup de mal à assurer aux contrôles. Et nous arrivons à la seconde fois où j’ai failli choper. C’était elle, la nana en vue, qui traînait avec les mecs cool et qui avait connu l’ivresse des amours défendues avec un lycéen (soi-disant). Nous étions au Walibi, je n’ai pas su saisir ma chance. Les signes se présentaient bien, il me fallait juste plus de courage, lui prouver qu’un baiser ne corromprait pas sa branchitude et qu’elle me rendrait heureux. Un peu de conviction, que diable ! Mais non, la journée dans les manèges à éclaboussures se termina trempée de déception.

J'ai failli en être baba

J’ai failli en être baba

La période lycéenne accumula les déceptions amoureuses. Le corps changeant et la timidité se lièrent pour qu’au lit des filles, je ne finisse pas. Champion toute catégorie dans le tournoi des bons copains, personne ne pouvait me tester. J’accompagnais, chaque fin d’après-midi, une nana à la gare pour qu’elle n’attende pas son train toute seule. Nous rigolions bien, jusqu’au jour où ma déclaration de sentiments échoua dans le refus : « On est amis, ce serait dommage de gâcher ça ». Depuis ce jour-là, j’ai souvent entendu cette réplique de série pour ados. Et pour contrer ces rabrouements, je développais un orgueil mal placé et nourrissais de la rancœur quant à celles qui ne comprenaient pas que j’étais un garçon gentil, un garçon qui ne leur ferait pas de mal. Contrairement aux histoires de vilains garçons qu’elles me racontaient. On m’avait filé le mauvais manuel pour draguer les nanas, vous le devinez. Je ne pigeais rien à ces êtres étranges.

Revoilà l’été de la découverte, j’allais le faire. Récapitulons : des histoires naissantes avortées avant qu’elles ne commencent, des rancœurs, aucun roulage de pelle, juste un tripotage une fois et quelques smacks. Un beau puceau de 19 ans comme on n’en faisait plus.

L’Espagne du centre, la pleine campagne aragonaise, aride et désertique, un décor qui se prête mal aux romances. Aucun problème, car de romance, il n’y en eut pas. Elle comptait six années de plus, de l’expérience à revendre et la volonté de m’offrir son corps et son savoir-faire. Mon pote et elle se connaissaient fort bien. Il lui suggéra l’idée d’un dépucelage en règle. C’est vrai qu’il fallait passer à l’acte. Aujourd’hui, je me demande toujours combien de temps j’aurais mis à trouver moi-même une copine.

Le décor de ma 1re fois

Le décor de ma 1re fois

Lors d’une soirée dans le seul bar de nuit ouvert dans la région, mon pote m’avait dit : « prépare-toi ! ». J’avais pigé le sous-entendu et, angoissé au possible, je bus plus que de raison. Mon premier baiser, j’étais bourré. Ma première baise, j’étais bourré. Pas de quoi se vanter, mais je garde malgré l’état d’ébriété des souvenirs assez précis. Cette femme, nommée Nathalie, me prit en main, me dirigea. Pleine de tendresse et d’attention, elle me guida et s’occupa de moi comme personne d’autre n’aurait pu le faire. Confiance et bienveillance planaient, rassurantes, autour de mes premières érections à dessein non masturbatoire. Après les baisers, la fellation fut la première chose que je découvris de la sexualité. Depuis j’entretiens une affection toute particulière pour cette pratique. Elle faisait tout, me laissant profiter de ses bienfaits dans la position de l’étoile de mer. Pendant ce temps, je surventilais sous les coups du plaisir inédit que je subissais volontairement. Cela m’arrive parfois encore. Quand je ressens trop de bonheur en dedans, je respire trop. Mes extrémités s’engourdissent, la tête me tourne et je dois stopper le jeu au risque de défaillir.

Naturellement, je vins un peu rapidement. La levrette me procura trop de sensations d’un coup d’un seul. Je souhaitais tenir plus longtemps, mais durant les deux jours qui suivirent, j’appris à contrôler un peu mieux, tout en restant sur ma faim. Nathalie m’enseigna comment m’occuper d’elle, me parlant pendant que je me dépatouillais avec difficulté la tête entre ses cuisses. Je fis des progrès et découvris la jouissance féminine. Quel plaisir ! J’étais ébahi d’avoir provoqué ces sursauts-là.

Parallèlement aux joies charnelles, l’esprit se confondait en questionnements.Et l’amour dans tout ça ?

Que pensait-elle de moi ? Était-elle sincère ? Comment me trouvait-elle ? Aimait-elle mon physique ? Mes performances ? Quel embrouillamini ! Elle me jurait l’avoir fait par plaisir et envie et non parce que mon pote lui avait suggéré cette bonne action. Je doutais beaucoup et ne la croyais qu’à moitié. Cela influencera-t-il ma vie amoureuse à venir ? La suite aux prochains épisodes.

Une chose est sûre pourtant. Depuis l’été 2001, je ne supporte pas les pipes mal faites.

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5 réflexions sur “Toutes premières fois

  1. très jolie histoire! et très charmante demoiselle, tous les garçons rêveraient d’en rencontrer une comme cela pour leur 1e fois!

  2. Une histoire qui semble sincère, bien écrite à la fois touchante et drôle. Et des sentiments que l’on a bien connu qui remontent à la surface. Continue St Sernin.

  3. Étrange, cette idée que les filles seraient à la recherche d’un « garçon gentil » (ou d’un mauvais garçon d’ailleurs). Les filles sont des mecs comme les autres, elles veulent quelqu’un qui les fassent mouiller !
    Sinon, je n’ai que deux mots : la suite !

    • Merci pour le compliment à demi-mot.
      Quant au gentil garçon, je pensais ça quand j’étais au lycée. Et il n’y a rien d’étrange à vouloir sortir avec quelqu’un qui prenne soin de nous et évite de nous faire du mal (sentimentalement parlant).

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